"La danseuse Marie Perruchet de la compagnie Body Double s’est emparé des mots gidiens qui composent les Nourritures pour s’en dessaisir aussitôt, le temps de quelques pas et figures, contorsions et sauts que ménagent les interprètes rigoureux.

La chorégraphie est ordonnancée avec brio et mesure mêlés – solo, duo et trio. Entre silences et musiques distillées par vagues vigoureuses qui s’amoindrissement peu à peu– Bach, Alex Liebermann, Vincent Stora et Josef Van Wissem.-, les danseurs s’isolent sur la scène puis se rapprochent de tel dans une grande proximité pour rejoindre tel autre ensuite, combinant un jeu subtil de rapprochement et de distance.

Sur le plateau, trois interprètes, Aurore Godfroy, Marie Perruchet et Nicolas Travaille. Ce dernier initie la représentation, seul et isolé, tandis que les danseuses, le long du mur du lointain, patientent dans l’attente ou bien dansent, le haut corporel dévêtu."

 

Hotello - critiques de théâtre par Véronique Hotte

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Presse

" Marie Perruchet revendique volontiers les influences cinématographiques et littéraires de ses créations comme en témoigne le nom même de sa compagnie, Body double. Avec Nourritures, elle s’inspire pour sa chorégraphie du roman-poème de Gide Les nourritures terrestres, une gageure.

C’est dans la pénombre que l’on découvre le corps des trois danseurs. Au premier plan, un homme torse nu qui se prête à l’hésitation et guide les regards. Entrera-t-il ou non dans la lumière ? Les corps féminins, nus et baignés de rouge à l’arrière plan évoquent des statues, quelque chose des idoles païennes de la fécondité. Image par image, la chorégraphie se fait l’écho d’une initiation sensuelle qui culmine par des figures de portées. Les trois danseurs se rencontrent finalement en milieu de scènes pour des moments de corps à corps. Les costumes sont basiques, tunique, chemise amples et salopette comme une ébauche de recherche mais fendues par ici, découvert par là ils laissent apercevoir la peau et un début d’érotisme. L’un pour l’autre les danseurs sont des appuis, ils développent ensemble des figures fugaces et caressantes."

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" Les mouvements sont simples et n’exigent pas de virtuosité particulière. Mais ils sont parfaitement exécutés et, surtout, distribués – l’art de composer n’étant pas aussi répandu qu’on pourrait croire. La pénombre inaugurale peut faire songer à celle d’un night-club. Si, peu à peu, la scène s’éclaire, le sens de chaque geste ou action nous demeure insaisissable.

 

Marie Perruchet a une manière à elle de doser des ingrédients provenant du cabaret érotique – cambrure suggestive, aguichage, positions de kamasutra –, de l’expression contemporaine – danse de va-nu-pieds, gel et décomposition du mouvement, abstraction – et du néoclassique – on pense à la remarquable variation sur demi-pointes en marche arrière d’Aurore, version actualisée par la chorégraphe et son interprète d’une de celles de La Belle de Marius Petipa."

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"Peut-on faire danse de tout ? D’un roman-poème, par exemple. D’un texte d’un des maîtres incontestés de la littérature, André Gide en l’occurrence. La compagnie Body double de la chorégraphe Marie Perruchet s’est attelée à la tâche de mettre en espace "Les nourritures terrestres", œuvre de jeunesse écrite en 1897. Nicolas Travaille, seul en scène donne chair au rêve d’un jeune homme. Il y a une plage que peuple le mugissement sourd des flots, ou est-ce le souffle du dormeur ? Le corps, nu jusqu’à la ceinture se tord, semble souffrir (sommeil agité), communiant avec le sol, roulant entre les draps ?, poussé par les vagues ? Apparaissent deux femmes (Marie Perruchet, Aurore Godfroy), objets lointains d’un désir naissant. Les corps se rapprochent, se jaugent, pour finalement se toucher, s’enlacer, se fondre dans la recherche de la lumière."

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"Je ne sais ce que j’avais pu rêver cette nuit. A mon réveil, tous mes désirs avaient soif. Il semblait qu’en dormant, ils eussent traversé des déserts.

Appuyée aux Nourritures terrestres d'André Gide - œuvre de jeunesse fascinante, œuvre du 19ème siècle finissant et languissant, poème initiatique dans lequel l'auteur s'adresse à un biblique Nathanaël pour l'accompagner vers l'éblouissement – Marie Perruchet écrit un paysage clos. Ce ne sont pas des tableaux mais des chants qui se succèdent et résonnent de leurs échos sur les murs. Les danseurs font ici entièrement partie de la scénographie, ils structurent l'espace de désir et de perte qui s'ouvre autour d'eux. Pris dans un filet de musique suave et quelque peu suffocante (Bach, Alex Liebermann, Vincent Stora et Josef Van Wissem), les trois interprètes déploient leurs qualités techniques et expressives sans se quitter un instant, les points de contact visibles ou supposés entre les trois corps rythmant une écriture rigoureuse de l'abandon. NOURRITURES offre aux corps des danseurs le pouvoir de peupler le désert et à celui des spectateurs de se voir peuplé, mis en mouvement, bercé par des vagues de désirs multiples. Charnelle, la pièce explore tout à la fois l'étreinte sexuelle, le soin, l'auto-érotisme et le regard. Une plongée ouatée dans un expressionnisme lyrique rarement travaillé au présent. 

 

Marie-Juliette Verga

Critique en Danse - Théâtre - Performance - Images

Ballroom - Revue de Danse

Mouvement - ParisArt - La Vie Manifeste - Cinématraque

« Ne souhaite pas, Nathanaël, trouver Dieu ailleurs que partout. »

Presque nus, trois corps entrent en scène, caressés de lumière. Je découvre des peaux dorées, une limite subtile,

Une promesse éclatante,
Le mouvement à venir.
Nathanaël prend place, incarnation d’une beauté solaire qui doit

encore découvrir le monde. En fond de scène, ses sœurs, ses amantes, l’Aube et la Nuit, attendent.

Déjà le désir prend le pouvoir et fait se courber le monde. L’ode sensuelle et lyrique de Gide s’incarne dans le geste. Les mouvements naissent de cette volonté de connaître, d’éprouver le monde et la chair par le jeu des corps.

« Nathanaël, je t’enseignerai la ferveur. »

La ferveur gagne les danseurs, elle les meut. Je goûte à travers eux les saveurs lentes du monde, je sens la douceur du sol brut, j’entends la peau se tendre, les corps se tordre, l’ardeur naître dans le silence.

Sur un fond de splendeur, ce poème chorégraphique invente la mélodie du monde.

« Toute connaissance que n’a pas précédé une sensation m’est inutile. »

Je ne connais pas plus bel hommage fait à Gide.

Dans une composition à trois, les geste, l’espace et le possible, pris ensemble, s’inventent.

Les danseurs font résonner le geste répété. Seuls, en duo ou en trio, ensemble ou chacun de son côté, les corps dansant font entendre leur prière.

Le cantique chorégraphique déploie un nuancier de sensualités. L’érotisme doux et fraternel des embrassades laisse par moment place à la volupté solitaire que l’hédoniste connaît lorsqu’il soumet l’air et lui fait lécher son corps.

« Chante à présent, Cléodalise, la RONDE DE TOUS MES DÉSIRS »

La courbe est la forme de l’amour qui se prête plus justement à l’épanchement. D’un côté, en creux, la densité du fantasme fortifie les amoureux du geste, de l’autre, face exposée et nue, Nathanaël et celles qui l’aiment se donnent au plaisir ondoyant de leur public.

Deux gardiennes édéniques se tenant la main parcourent la salle et portent la parole de cet évangile de l’éveil des sens.

« Il y a des matins où l’on se lève avant l’aube plein de torpeur. »

L’ombre, l’or et la lumière se tressent et varient en intensité sous l’impulsion des danseurs-vatès. Les courbes des corps impriment sur la peau l’accouplement des ténèbres et des cieux tout au long du spectacle. Puis la salle se fait plus sombre.

Un rectangle de lumière demeure. Une nouvelle créature en prend possession,

Saisissant entre ses doigts l’essence de sa nouvelle identité luciférienne.

« Elle tourna les yeux vers les naissantes étoiles. »

Fille de l’air au corps amoureux,
Fille de la terre qui pourtant frappe du pied le ciel,
Fils du soleil qui aura la force de mener le char de son père

La louange se chante désormais autrement. Il faut rendre les corps brulants et souples et trouver le monde.

La ferveur est une histoire de carnation, elle fait ployer et conserve avec elle la source mystique de l’esprit, je le sais maintenant.

« Ne t’attache en toi qu’à ce que tu sens et qui n’est nulle part ailleurs qu’en toi-même, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah ! le plus irremplaçable des êtres. »

L’éclosion de nouveaux êtres, beaux, assurément, clôt et ouvre ce magnificat dansé.

La vie à venir a le goût d’un fruit que l’on mord et qui dégouline avec jubilation. La danse réussit le pari de nous faire sentir ce frisson

grêler nos peaux lorsque la lumière s’éteint une dernière fois.

Gautier Amiel